jeudi 24 septembre 2009

Bienvenue ! (nouvelles du jour - septembre 2009)

Me voici maintenant américain depuis une semaine ! Et je dois dire que je ne suis pas déçu du voyage !

J’ai d’abord posé mes valises (c’est bien l’expression classe pour « squatter », non ?) pour une semaine chez des amis de Lucam (mon honorable et très cher compatriote, camarade, collègue et colocataire à la fois ( !) ), qui m’ont très chaleureusement accueillis (j’ai même eu le droit à une chambre et un lit, alors que je me préparait psychologiquement à dormir sur le sofa ( !) ), m’ont présenté à leurs amis, m’ont fait visiter Fort Collins, m’ont recruté pour tester leur nouveau car-sound-sytem bricolé maison (à coup de dub bien senti) ou comme dealer de bières ( !) (voir article correspondant)… bref une semaine intense de rencontres et de découvertes !

Me voici à présent installé dans un immense appartement (american size) de l’International House, où je vais loger pendant 6 mois avec Lucam. J’ai du mal à remplir l’immense frigo malgré 2 bonnes heures passées à faire les courses (il est vraiment trop grand !), et il va falloir trouver des meubles supplémentaires pour combler l’immense living-room.

Vous trouverez dans ce blog quelques-unes de mes impressions et observations sur ce beau pays du Colorado et sur l’american way of life en général. J’ai pensé que ce serait plus instructif et divertissant qu’un fastidieux récit de ma vie quotidienne… aussi je regrouperai mes nouvelles personnelles dans ce « front page article » et consacrerai le reste du blog à des articles dépassant un peu ma petite personne, qui, je l’espère, vous intéresseront davantage. So… enjoy !

Le boulot

Eh oui, parce que je bosse aussi !
Ben le boulot c’est plutôt trèèèèèès cool, ce qui me convient tout à fait. A chaque que je demande à mon advisor ce que je DOIS faire, il me répond inlassablement : « I mean, it’s pretty up to you » (= « ben, c’est comme tu le sens »).
- When should I arrive in the morning ?
- I mean, it’s pretty up to you.
- When should I live in the evening?
- I mean, it’s pretty up to you.
- Should I spent time visiting the lab or should I work right now?
- I mean, it’s pretty up to you.
- Should I bring some technical readings at home?
- I mean, it’s pretty up to you.

Etc…

Mon labo ressemble à s’y méprendre à Los Alamos. Vous savez, ce laboratoire perdu au milieu du désert ou les américains ont cloîtrés les meilleurs savants du monde pendant la Seconde Guerre Mondiale jusqu’à ce qu’ils conçoivent une bombe atomique qui marche ?

Ben il ne manque que les peupliers (« los alamos » signifie « les peupliers » en espagnol). Sinon il est tout tout au bout d’une longue route déserte, au pied même des Rocheuses ! (voir photo)


(au fond, on voit les premiers contreforts des Rocheuses. Avant ça, c’est la plaine rase)

Et sinon qu’est-ce que je fais au juste ?

Vous voyez comment ça marche un moteur ?
Il y a une chambre de combustion, on y met un mélange d’air et de fuel, puis on allume le tout avec une bougie. Mais c’est quoi une bougie ? Ben c’est deux électrodes parcourues par un fort courant de manière à former un mini-éclair entre elles. Le problème, c’est que les éclairs, c’est plutôt violent. Environ 80% de l’énergie électrique qu’on y met part sous forme de chaleur dans les électrodes, et les usent tant et si bien qu’il faut les changer régulièrement.

Heureusement, il existe une solution ! Ça s’appelle l’allumage laser, c’est simple, rapide, efficace, bref c’est trop bien. Comment ça marche ? Ben on prend un laser, on fait passer la lumière qu’il émet à travers une fibre optique pour l’amener jusqu’à la chambre de combustion, puis on la concentre avec une lentille en un point de ladite chambre, et ça fout le feu. Exactement comme allumer un feu avec une loupe et la lumière du Soleil. Simple, non ?
Avantages : comme il n’y a pas d’électrode, il n’y a rien qui « touche » l’étincelle créée et donc l’énergie ne se dissipe pas en chauffant les électrodes, ce qui permet de consommer 5x moins d’énergie pour l’allumage. En plus il n’y a pas besoin de les changer. Et en plus de ça l’allumage est plus « propre », en ce sens qu’avec un allumage laser on réduit considérablement le taux d’oxyde d’azote, de monoxyde de carbone et autres poussières émises. Bref c’est génial !

Et moi, qu’est-ce que je fais au juste ? Ben le problème, c’est que le passage à travers la fibre optique « dégrade » la lumière du laser et empêche de bien la concentrer en un seul point pour déclencher l’étincelle. Du coup je suis chargé de tester pleins de fibres optiques, pour voir lesquelles sont les meilleures pour garder une belle lumière laser bien concentrée, en fonction de leur longueur, de leur matériau, de leur structure, du laser, du moteur utilisé, etc, etc… Voilà ! Des questions ?



(photo de mon banc optique)


J’entends déjà des mauvaises langues clamer que j’ai vendu mon âme à l’industrie automobile… ;-) Ben non, pour l’instant ce genre de système est destiné plutôt à des très grosses machines (pour des raisons thermodynamiques, il faut une grosse pression pour que ce système soit efficace, et puis les lasers ça coûte cher aussi !). Plus précisément des gros moteurs au gaz naturel qui servent à comprimer le gaz dans les pipelines qui nous amènent le gaz de Russie jusqu’à nos chaumières pour nous chauffer en Europe, par exemple. Comme elles sont généralement perdues au milieu de nulle part et qu’elles doivent tourner 24h/24 (sinon on peut plus se chauffer !), elles doivent être au maximum autonomes : elles pompent une partie du gaz qu’elles font avancer pour tourner, et si on peut éviter d’aller au fin fond de la Sibérie pour lui changer ses bougies, c’est aussi bien !
Bien sûr, on peut espérer à l’avenir que ce système s’étendra à tous les moteurs à combustion, quelque soit leur taille. Ça permettrait de consommer moins d’énergie, c’est moins polluant et ça demande moins d’entretien ! Par contre c’est plus cher (un laser comme ça, c’est environ 20 000 $ pour l’instant !), et c’est pas tout à fait au point, mais y’a plein de recherches là-dessus (c’est pas encore commercialisé) !


J’étais un peu anxieux à l’idée de travailler, de passer toute sa journée seul devant son laser… Mais en fait, c’est trop bien ! J’apprends des trucs tous les jours sur l’optique ondulatoire, les lasers, les plasmas… et c’est très intéressant, on s’ennuie pas ! Mes collègues sont très sympas, ils vont skier tous ensemble l’hiver (leur principal sujet de conversation, d’ailleurs, c’est : quelles sont les meilleures stations ? les meilleurs coins pour se balader ? pour grimper ? comment avoir des forfaits pas chers ? etc.), et apportent au boulot des fruits bizarres à partager. Il y a un chinois, un népalais, un canadien, deux français (ben… Lucam et moi !)… bref si chacun ramène à bouffer, ça promet un joli buffet !

Dealer de bières




Et oui, j’ai mal tourné… me voici à présent fournisseur officiel du 819 Wagonwheel Street en packs de bières « Fat Tire », 100% brassés à Fort Collins pourtant !





Il faut dire qu’ici, on ne rigole pas avec l’alcool ! Les « mineurs » de moins de 21 ans ont l’interdiction stricte de consommer une goutte d’alcool sur tout le territoire des Etats-Unis. Dans les bars ou au restaurant, on se voit réclamer sa carte d’identité dès que l’on commande une bonne pinte bien fraîche ou un verre de rouge, et les barmen ne plaisantent pas avec ça ! On ne trouve d’ailleurs pas d’alcool dans les supermarchés, il faut se rendre dans un « liquor store », sorte d’immense grande surface dont les rayonnages sont exclusivement remplis de vins, bières, bourbons et autres liqueurs des quatre coins du monde. Très impressionnant ! Avec nos petits « bars à vins » de 20 mètres carrés, on fait pâle figure en comparaison…

Mes chers hôtes ayant tous moins de 21 ans (mais, non !, je n’ai pas fait du détournement de mineurs : ils tous 21 ans respectivement en janvier, mars et avril prochain – ce qui rajoute au ridicule de l’histoire), je me propose donc d’aller gracieusement leur chercher 2 packs de bonne bière locale au liquor store du coin, histoire de prendre l’apéro. Tout excités par ce plan génial, nous voilà donc partis dans une épique expédition – en voiture, car le liquor store du coin est quand même à 800m de là (american size, toujours), et que les packs de bières, c’est lourd – à la conquête de ce fabuleux butins prohibé aux jeunes innocents !

Dans un premier temps, tout se passe très bien : Eric et Jay font le guet dans la voiture, tandis que Nicki m’accompagne dans cet antre de la débauche réservé aux adultes, parce que moi j’y connais que dalle en bières locales. Le vigile ne nous regarde pas d’un air suspicieux à l’entrée, les caissiers ne nous remarquent pas… bref, tout va pour le mieux !

Mais, las !, le plan était voué à l’échec ! Après 30 bonnes minutes à tourner en rond dans le magasin – car malgré ses 20 ans et demi révolus, c’était la première fois que Nicki pénétrait dans un dans un liquor store ; et moi parce que j’étais complètement paumé dans cet immense hangar, habitué que je suis au petit rayon de bières des supérettes parisiennes - , nous voici donc à la caisse.
- Vos ID, please ! réclame la caissière.
- Le mien aussi ? demande Nicki, dubitative.
- Oui, les deux !
- Mais c’est Simon qui achète, moi je l’accompagne juste !
- M’en fout.
- Bah en fait j’ai pas 21 ans.
- Alors c’est pas possible.
- Comment ça ? Simon peut pas acheter des bières ? Il a 21 ans pourtant !
- Oui mais il est interdit d’être accompagné par un mineur dans ce magasin. Il est même interdit tout court aux mineurs d’y pénétrer !

Sur ce, la caissière se saisit vivement des 2 packs de bières, et, coupant court à toute discussion, s’empresse d’aller les remettre dans leur rayon.

Nous rentrons donc broucouille à la voiture, pour annoncer, dépités, la nouvelle au deux guetteurs. Heureusement, ils l’accueillent d’un grand éclat de rire, se gaussant de notre déconfiture ! Et Eric de déclarer simplement : « OK, let’s go to the next store, then ! » ; puisqu’en fait il suffit que je rentre seul dans le magasin…

mercredi 16 septembre 2009

Les étudiants...

…ne font pas qu’étudier !

Non, ils travaillent aussi : dans les nombreuses cafètes, dans les labos, dans les secrétariats de l’administration… j’ai même vu une étudiante tailler un massif de fleur. Le travail à mi-temps, payé à l’heure et à l’emploi du temps ajusté sur les cours, est la norme.

Il est ainsi courant qu’un étudiant commence à travailler après seulement 2 ou 3 années d’études dans sa future branche d’activité. Nicki travaille déjà, en parallèle de ses études de bio, pour l’équivalent local de l’ONF, à surveiller les populations de bouquetins et d’ours dans les Rocheuses, et mon propre labo est plein d’ « undergrate students », c'est-à-dire d’étudiants ayant moins de 4 ans d’études (ben d’ailleurs j’en suis un !).

Cela donne la curieuse impression d’un campus d’étudiants régi par les étudiants, puisque tous les personnes avec qui l’ont est susceptible d’interagir, du vendeur de burger au personnel de la bibliothèque, ont moins de 25 ans. Même ma carte bancaire a été imprimée par une étudiante !

Les écureuils

Aujourd’hui, j’ai mangé avec un écureuil. Au sens propre : il était à moins d’un mètre de moi et me regardait fixement en grignotant les miettes de mon sandwich, que je dégustait confortablement affalé sur l’herbe du campus.



Faut dire que des écureuils, y’en a partout ! J’ai dû avoir l’air con la première fois que j’ai littéralement pilé à vélo, manquant de me manger une voiture, en criant « regarde, regarde ! un écureuil ! » à Nicki qui n’a même daigné lui jeter un regard. J’ai vite compris pourquoi dès que j’en ai aperçu un autre 50m plus loin, puis un troisième 50m plus loin, etc…

Le campus

On a beau croire connaître les campus américains à travers les séries TV, ça surprend : le campus de Coloraodo State University est encore plus grand, étendu, plein de pelouses impeccablement tondues et verdoyantes, d’allées bucoliques et de massifs de fleurs impeccablement taillés. Y’a plein d’endroits pour se poser, manger, discuter, faire une sieste ou réviser (si, si ! ici on révise affalée sur la pelouse).


On croise un flot impressionnant d’étudiant à pied, à vélo, à squateboard – tendance longboard, qui est ici bien plus un moyen de transport bien pratique pour parcourir l’immense campus qu’une marque de « cool attitude » ou un objet d’acrobatie - . Mais attention ! Le centre du campus est « dismount zone » ! On descend du vélo si l’on ne veut pas se prendre une amende par un policeman!



Fort Colins

Est une jolie petite ville champêtre de « seulement » 500 000 habitants – american size ! - , nichée au pied des Rocheuses et parsemée de parcs verdoyants. On la parcourt à vélo, avec d’excellentes pistes cyclable sur des rues larges comme des autoroutes (mais encore plus droites !), où les énormes trucks respectent à la lettre les limitations drastiques de vitesse (40 km/h dans toute la ville), et font un écart d’au moins 2 mètres lorsqu’ils vous dépassent.

(Je comprends maintenant comment ils font dans les films pour conduire en regardant davantage leurs passagers que la route : elle toute droite, super large, et ils roulent au pas !)